La banane biologique et équitable, mais pourquoi…!??
Premier contact (en 2010!) avec les plantations de bananes
Au tout début de mon voyage de 4 mois en Amérique latine, j’ai visité, accompagnée de mon amie Roxane, une communauté d’indigènes “Bribri” appelée Yorkin, dans le sud-est du Costa Rica (province de Limon, près de la frontière avec le Panama). Récemment, en grande partie grâce à un groupe de femme bien décidé à améliorer les choses au sein de la communauté, la population s’est tournée vers un projet de culture de bananes et de cacao organiques et équitables. Ils nous ont expliqué que les conditions de vie des gens vivant à Yorkin s’étaient grandement améliorées depuis. Auparavant, (et ce qui se passe encore dans beaucoup d’autres communauté “Bribri” qui n ‘ont pas de tel projet), les pères de famille (et souvent les enfants) allaient travailler dans les plantations de bananes des alentours appartenant évidemment à des multinationales. Ils étaient exploités et tombaient malades très jeunes, souvent du cancer. Maintenant, personne ne doit aller travailler ailleurs et tout le monde est content (…caricature, mais vous comprenez l’idée!).
Deuxième contact (en 2010!) avec les plantations de bananes
Peu de temps après avoir visité cette communauté, Roxane et moi étions dans l’autobus nous menant de quelconque petit lieu inconnu (pas très loin en bateau de Tortuguero) à la ville de Cariari. Il faisait chaud. Les fenêtres étaient ouvertes. Nous observions le paysage palpitant: plantation de Dole à gauche, plantation de Dole à droite…et quelques kilomètres plus loin : plantation de Del Monte à gauche, plantation de Del Monte à droite…. Etc etc. Et parsemées par-ci par-là, les petites maisons des travailleurs, à peine visibles entre les bananiers. Mais là n’est pas le point. Le nez et la gorge ont commencé à nous piquer. Mmmmm?? Avec un peu d’attention, nous avons réalisé qu’ils étaient en train de “fumiger” les champs. Avec des avions. Vrrrrouuuuummmmm. Vrrrrrouuuummmmm! Des tonnes de produits chimiques!
Troisième contact (en 2010!) avec les plantations de bananes
À peu près le meme scénario que le précédent, si l’on change quelques petits détails: j’étais en Équateur, j’étais dans un pick-up et mon nez ne piquait pas parce que j’avais bien appris: les fenêtres fermées cette fois!!!! Mais encore une fois, des centaines de kilomètres de route traversant les plantations de bananes des multinationales qui s’en mettent plein les poches au détriment de leur si précieuse main d’œuvre. L’Équateur est le plus grand exportateur de bananes au monde (un peu moins de 30% des exportations mondiales). Ma république de banane préférée et c’est l’cas de l’dire…
Pour ces raisons, j’ai décidé d’utiliser un peu de mon temps libre pour faire une petite recherche, et je mets l’emphase sur le terme petite, afin de vous faire part de quelques faits sur les problèmes des bananeraies, et peut-être en convaincre certains d’acheter des bananes certifiées bio/équitables. Parce que oui, ça se trouve assez facilement, et oui, il se trouve que ça vaut les quelques sous de plus que vous devrez investir!
Ceci est très très loin d’être une revue littéraire exhaustive sur le sujet, mais bon, en revanche, j’ai choisi des sources fiables!
Je ne les citerai pas chaque fois, mais je mettrai les références à la fin. Ceci n’est pas un travail universitaire après tout!
Alors! La banane est le fruit le plus populaire en Amérique du nord! Imaginez la différence que cela pourrait faire si tout le monde mangeait des bananes organiques et équitables (bon ok, il faudrait augmenter pas mal la production pour subvenir à la demande, mais…) Dans un article sur la banane, Équiterre mentionne que chaque personne mange en moyenne 14 kg de banane par année. Perso, je suis certaine que j’en mange pas mal plus que ça, alors je me sens concernée!
Mais la banane n’est pas seulement populaire en Amérique du nord, elle l’est partout. Elle représente réellement un aliment de base hyper important dans les pays en développement. 87% de la production de bananes est en effet consommé localement. Ça fait pas mal de bananiers ça dans un pays qui exporte en plus à lui seul quasi 30% de toutes les bananes vendues dans le monde!
En 1898 commençait, à grande échelle, la production de bananes en Amérique latine, sous l’emprise de la United Brands Co., une américaine qui a su prendre le contrôle de toutes les étapes de production et de vente. Aujourd’hui suivent encore ce modèle les 5 multinationales qui partagent près de 85% du marché mondial. Et de ces 5, vous connaissez au moins les 3 plus grandes: Chiquita (25%), Dole (26%), Del Monte (16%), Noboa (12%) (Le plus riche équatorien; ses bananes sont connues sous : Bonita Banana) et Fyffes (8%).
Dernièrement, il a été constaté que dans les principaux pays producteurs, de plus en plus de territoires sont dédiés aux plantations de bananes et que de plus en plus de fruits sont exportés. Conséquemment, la dégradation de l’environnement et de la santé des travailleurs qui s’ensuivent a également augmenté. Le prix de la banane est-il réellement plus important que les êtres humains qui travaillent si fort à la produire?
Voici un aperçu très général donné par Équiterre sur les conditions de travail dans les plantations:
- 12-14 heures de travail
- Heures supp. exigées, mais non payees
- Salaires très bas, voire insuffisant pour nourrir la famille
- Aucune sécurité d’emploi, convention collective
- Enfants au boulot (début vers le 10-11 ans, particulièrement en Équateur)
Et avant de parler des impacts sur l’environnement causés par les exigences de ce type de plantation, restons dans le thème des conditions de travail des ouvriers et parlons des impacts qu’ont les pesticides sur leur santé (et la santé des populations locales). On parle de maladies chroniques: affectations aux yeux, voies respiratoires, estomac, reins, cancers de la peau, stérilité, anomalies congénitales chez la progéniture, etc. Par exemple, au Costa Rica, il est prouvé (avec des statistiques assez convaincantes) que le taux d’intoxication, de problèmes de santé et même de décès dus aux pesticides est beaucoup plus élevés dans les régions bananières quand dans le reste du pays. C’est sans doute pareil ailleurs. Mmmmm. Quelques sous de plus pour un kilo de bananes organiques??! Oui, SVP!
Encourager une banane équitable c’est une façon d’aider des cultivateurs à améliorer de façon durable leurs conditions de vie et de travail. Je l’ai vu au Costa Rica. Ça marche. Un cultivateur certifié équitable reçoit un prix minimal garanti pour son produit. Énorme différence, non seulement pour le cultivateur, mais aussi pour les employés des plantations en profitent par un salaire légal, et par divers autres avantages. Une façon de lutter contre la pauvreté, l’endettement, le travail des enfants, etc., pour quelques sous de plus le kilo.
Et maintenant, pourquoi organique la banane? Un plantation typique représente 30 kg de pesticide par hectare (100mx100m) annuellement. Muchisimo! Il est estimé que 90% des pesticides pulvérisés sont perdus. Où? Quelqu’un?? Eh oui, dans l’environnement. Dans le sol, dans les nappes phréatiques, dans l’air, dans la chaîne alimentaire, partout! Aussi, épuisement des sols, érosion, déboisement massif, perte de biodiversité et d’écosystèmes, etc., pour être brève. Les exemples d’écosystèmes ayant été étudiés et dont les conclusions sont qu’ils ont été bien “maganés” par la culture bananière sont fréquents. Par exemple, encore au Costa Rica, il est estimé que 90% des récifs coralliens, entre autre dans le Parc National Cahuita, sur la côte Caraïbe, ont disparu à cause du ruissellement des pesticides provenant des bananeraies. Qui aime faire de l’apnée dans de beaux récifs de coraux? Moi. Et vous. On devrait tous se sentir concernés par de tels problèmes. Cependant, je pense que l’on manque d’information. Ou du moins, de volonté de s’informer. Allez, un petit effort! Il y a tant à faire.
En espérant que ce petit texte amateur pondu assez rapidement, par une soirée pluvieuse à Quito, fera en sorte que quelques-uns d’entre vous ferez l’effort d’acheter bio/équitable la prochaine fois! J’ai parlé des bananes, mais j’aurais aussi pu vous parlez du thé, du sucre, du café, et de dizaines d’autres produits!
Pour commencez, essayez au moins la banane! Voici où les trouver au Québec: dans tous les IGA! (Pour plus de lieux : http://www.equicosta.com/fr) Aucune excuse!
Sources:
http://www.unctad.org/infocomm/francais/banane/marche.htm
http://www.equiterre.org/fiche/tous-les-details-sur-la-banane-equitable







